Belle époque et grande guerre 




Sommaire

Les cartes adressées à Louise

Pierre, frère de Loise, à l'armée

Dans les zones de combat

Un peu à l'arrière des lignes

L'histoire des cartes postales

La fin de la guerre

Notes et références

Signature



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La carte postale, petit morceau de bristol sur lequel on écrit un message, à l'intention d'un parent ou d'un ami, est apparue en 1856.
De 1904 à 1918, c'est l'âge d'or de la carte postale et de ses collections.

Retrouver un album est un vrai bonheur, pour la découverte des illustrations mais aussi, pour le texte écrit soigneusement ou griffonné au verso.

Des tranches de vie se reconstituent et, la curiosité aidant, on part à la recherche des contextes.

C'est ce que j'ai essayé de faire, pour ce début du XXe siècle, avec un album qui m'a été confié, il y a bien longtemps.
Ces cartes auraient pu être dispersées. 

Heureusement, celà n'a pas eu lieu. Album, illustrations et textes sont restés ensemble pour témoigner.











Un début de siècle de tous les espoirs

Le début du XXe siècle est un moment de grâce en France et en Europe, pour la culture, les sciences, l'industrie, l'économie.

Paris est une capitale rayonnante. L'électricité, le téléphone, l'automobile et le phonograhe entrent dans les foyers. Le chômage est rare et l'on ne se plaint pas encore de la pollution.

Paul Valery écrit : jamais le ciel ne fut plus beau ni le bonheur plus mûr, ni la vie plus désirable [SOF
Les citadins s'invitent à la campagne, le jour de repos dominical, au bord de l'eau, à la pêche ou dans une guinguette.

Derrière le baron de Coubertin, les jeunes pratiquent les sports, entraînés par la réussite des grands champions, en athlétisme, cyclisme, boxe ...

Les femmes revendiquent leurs compétences, dans tous les domaines. Elles veulent changer leur statut social, malgré les résistances, notamment  de l'Eglise qui condamne publiquement les bas résilles, les décolletés et le tango.

Les jupes raccourcissent un peu et laissent apparaître la cheville. Les jeunes filles veulent être à l'aise. Elles s'habillent en prêt-à-porter et délaissent chapeaux et coiffes embarrassants.






Un album de cartes postales

A la Haute-Macrère, entre Loire et Authion, Louise travaillle à la ferme familiale, avec sa mère et ses frères.
Les veillées de voisinage et les sorties du dimanche sont l'occasion de se distraire avec les jeunes des environs.

Elle entretient une correspondance suivie avec les amis, souvent par cartes postales dont la production est devenue massive après l'exposition universelle de 1900 (voir encadré).
Soigneusement, Louise range les cartes qu'elle reçoit, dans un gros album en carton.

Les plus belles sont recouvertes d'une broderie.
D'autres sont peintes à la main sur un support en celluloïd translucide.

Les illustrations de ces cartes expriment le plus souvent des sentiments d'amitiés ou d'amour mais, en voyage, le choix de la carte se porte sur une vue remarquable du lieu de séjour.

Il est de tradition d'envoyer une carte pour le nouvel an mais, aussi pour le 1er avril.

L'humour n'est pas exclu et la noblesse des  sentiments est quelquefois oubliée dans certaines illustrations.




Louise aimée ...

A juger par les cartes reçues, Louise n'a pas manqué de prétendants. En 1904, elle a 19 ans.

Certains correspondants savent faire part de leur enthousiasme. D'autres sont plus réservés mais plus assidus.

Il est souvent envisagé un mariage mais le temps passe.
Les garçons sont-ils vraîment pressés?
Les jeunes filles hésitent-elles ? en suivant ainsi les conseils donnés par un évêque, en 1912 :
Pour le choix d'un mari, il faut de longues fiançailles, car un fiancé est le plus délicieux des menteurs.
Il faut l'observer dans les moindres détails car dans les grandes choses les hommes se montrent tels qu'ils veulent paraître; dans les petites choses, ils se montrent tels qu'ils sont.


... mais pas mariée

Etienne, le plus proche de la famille, a fini par se considérer comme le fiancé.
Il part faire son service militaire au printemps 1908, dans l'infanterie comme beaucoup de ruraux.
Sa dernière carte dans l'album a été envoyée du camp de la Courtine.

Cette même année 1908, Victoire, la mère de Louise, a soixante ans. Elle est veuve depuis 1893. Elle décide de se retirer avec sa fille dans une maisonnette du Gué-d'anjan, laissant la ferme à son fils Pierre.



Puis Florent déclare ses sentiments

Rien dans ces correspondances ne permet de prévoir que  la vie amoureuse de Louise va s'arreter tragiquement

Est-elle malade ?

Les correspondances qu'elle reçoit n'en font pas mention.
Il est peut-être étonnant qu'à vingt-six ans Louise soit toujours célibataire.
Que s'est-il passé?

Au début  de l'année 1912,  Florent lui envoie ses voeux et lui rappelle son amour.

Louise s'éteint  dans la nuit  du 21 juillet 1912.

La guerre s'annonce dans les balkans, prémice du grand conflit mondial auquel bon nombre de pays se préparent, sans envisager que les combats pourraient être longs et terribles de conséquences.

En se souvenant des années heureuses du début de siècle, les français diront plus tard que c'était

la belle époque.  


Les cartes adressées à Louise

Joseph ?, en Janvier 1904


Chère petite Louise bien aimée

Ayant attendu jusqu'à ce jour pour vous envoyé mes souhaits les plus sincères de bonne et heureuse année accompagné de la très bonne santé, je ne peut pas vous marqué sur cette petite carte tout ce que je voudrais bien vous dire mais le plutôt que je pourrait j’irait vous prouvé l’amitié que j’ai pour vous et pour votre aimable personne. Si un jour l’on pourrait rassemblé nos deux tendres cœurs, pour moi ses mon grand désir et j’espère bien que vous êtes de même. Mes idées a changé sont impossible, ma petite Louise bien aimée. Pas un jour s’en pensé à vous que ses doux d’aimé surtout quand l’on pense être aimé.



Et quelques autres ...

  
Henri, le 31 mars 1904

Bien le bonjour chez vous. Ton ami sincère et dévoué.

Henri, mai 1904

Celui qui t’aime, bon baiser


Non signée, 14 janvier 1905

Bien le Bonjour





Etienne, en avril 1906 ?

Mademoiselle.
Dimanche soir quand je vous ai quitté, je me suis très bien rendu a la Ménitré. Mai il a fallu que gonfle ma bicyclette à Beaufort. Je me suis trouvé juste a la sortie de la fête qu’il y avait sous le halle. Il me reste a vous dire que pense vous voir dimanche soir.
Agréer Mademoiselle les vœux les plus sincères.


Etienne, le 22 novembre 1906

Chère Louise. Demain soir nous irons chez toi pour te demander des renseignements au sujet de dimanche. Bonjour à tous.

Etienne, 23 avril 1907 ?

Quelques mots à vous dire que je pense bien aller vous voir demain qui est dimanche, dans l’après midi. Car j’ai pensé à vous tous les jours depuis le dimanche des rameau. Je pense que cette carte va vous faire plaisir. Recevez Mademoiselle les meilleurs amitiés.
Celui qui pense à vous



Etienne, décembre 1907

Cher et aimable Louise, je regrette beaucoup de ne pas avoir était a la veillée de jeudi soir, car j’avais des empêchements mais je passerais vendredi a midi et demi ou une heure, dans le chemin des marès.
Ton bien aimé qui t’embrasse.

Etienne, février 1908

Je t’envoie cette carte pour te souhaiter le bon jour, que je me suis bien rendu dimanche soir. Je t’embrasse bien tendrement en attendant le plaisir de t’embrassé de plus prêt.
Ton galent qui te l’envoie.

Etienne, de Angers, le 13 mars 1908
Carte de la caserne du 135e RI, à Angers pour deux ans.J’attend dimanche pour se voir


Etienne, du camp de la Courtine, après juillet 1909

Chère petite Louise
Je t’envoie un bon jour du camp de la Courtine.
Ton ami qui te l’envoie.


Florent, de Malakoff, le 12 juillet 1911

Bient le bonjour a vous et a votre mère

Florent, de Malakoff, le 14 juillet 1911

Dimanche au soir nous serons de retoure en Maine et Loire.
Bien le bonjour.


Florent, de Mazé, le 25 septembre 1911

Bien le Bonjour

Florent ? , de Beaufort, le 3 janvier 1912

Devinez qui vous l’envoie, vous saurez qui vous aime
Un bon souvenir de la part d’un ami qui ne vous oublie pas.



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Marie continue l'album

Marie, belle-soeur de Louise, continue de constituer l'album des cartes postales.

Marie a épousé Pierre en 1902 et deux ans plus tard, un petit Pierre est arrivé au foyer.

Pierre, né en 1878, est incorporé au 20e régiment d'artillerie en 1899 mais, presque aussitôt, mis en disponibilité comme fils aîné de veuve.

En septembre 1908, il effectue une période militaire au 15e bataillon d'artillerie à pied, à Cherbourg.

Compte tenu de son âge, en 1912, il est classé dans l'armée territorale.

La mobilisation

Dans le milieu de l'après-midi du samedi 1er août 1914, les maires reçoivent copie d'un télégramme  venant de la préfecture.

Un gendarme remet en même temps les affiches blanches "ordre de mobilisation générale", avec les deux drapeaux tricolores.

 Le lendemain matin, le journal "le Petit-Courrier" (2)  reprend le texte à sa une.






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Pierre rejoint son régiment à Cherbourg, le 3 août.

Le groupe territorial a vocation à assurer les fonctions de support sur tout le territoire national.

Au début de la guerre, que tout le monde voit courte, il n'est pas prévu d'envoyer les soldats de territoriale sur les lignes.

A partir de novembre 1914, la guerre de position s'installe sur un front continu qui va de la Suisse à la mer du Nord.
Les quatre premiers mois de la guerre ont causé des pertes considérables. 

Des territoriaux sont réaffectés et Pierre doit rejoindre le 6e régiment du génie, le 1er mars 1915.




Pierre à Savennières

Il est aussitôt envoyé sur le site d'instruction, à Savennières, en bordure de la Loire, ce qui le rapproche momentanément de chez lui.

Le génie qui, au début, a la charge d’enterrer les morts, compte beaucoup d’unités de techniciens, en général non combattants : sapeurs de chemin de fer et sapeurs pontonniers, qui conduisaient les chariots portant de longs bateaux de tôle, la quille en l’air …
Les compagnies de génie intégrées dans les divisions d’infanterie n’avaient pas un rôle de tout repos. Elles étaient chargées des travaux défensifs importants ou des préparatifs d’attaque – cisaillement des réseaux pour y ménager des passages, franchissement d’obstacles ou de rivières, construction de parallèles ou d’ouvrages en avant des lignes - , travail fait pour les autres, où l’on reçoit de pénibles coups qu’on ne rend pas.
Les compagnies devaient détacher, dans certains secteurs, sous la première ligne, des équipes de mineurs de métier qui préparaient des « fourneaux » ou des « camouflets » pour faire sauter d’importants morceaux des tranchées d’en face… [MEY]

A Savennières, les exercices, marches et manoeuvres de ponts occupent le quotidien.
Les soldats se préparent à partir en ligne. Mais ils ne savent pas quand, ni  où.

Il y a le réconfort des permissions du dimanche, pour rentrer au foyer.
Les soldats s'organisent pour revenir avec ce qu'il faut pour améliorer l'ordinaire.

A l'auberge  "Au bon coin", la mère Boulard cuisine et sert  les provisions apportées.

Les femmes gèrent les fermes

A la ferme Marie assure l'essentiel, aidée par une voisine.

Au tout début de la guerre, René Viviani, président du Conseil, s'était adressé aux femmes : je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine.

Elles l'ont fait.

Le travail de "venter les bettes" consiste à passer les graines de betteraves dans un moulin à vent (ou tarare).

Les graines, qui ont passé l'hiver à sécher dans le grenier, sont ainsi débarrassées des déchets et poussières. Elles sont mises en sac pour la livraison au  négociant,  en gare de chemin de fer.


Pierre envoyé en ligne

Le 4 avril, Pierre est envoyé "aux armées".

Son unité quitte Angers le 7 avril pour la Champagne.
Il faut noter que les soldats étaient tenus, en principe, dans l'ignorance de leurs futurs déplacements, pour ne pas risquer la divulgation d'informations sur les mouvements des troupes.
D'ailleurs dés janvier 1915, un contrôle des correspondances est institué et des recommandations sont faites auprès des soldats pour qu'ils soient discrets sur les choses militaires.

Pierre, frère de Louise, à l'armée

 

Pierre, de Cherbourg, le 17 septembre 1908

J’ait reçu ta lettre le 15. Nous étions au tire à Querqueville, nous n’avons pas eu beau temps. Je te remercie du manda car on a besoin d’argent en ce moment. Je suis en bonne santé. Je repondrait dans une autre lettre, je vas à Cherbourg chercher du papier. Je souhaite que ma carte vous trouve en bonne santé. Je suis toujours dans le même patelin, près de la mer. Celui qui vous embrasse.



Marie, le 11 janvier 1915

Je viens enfin de recevoir ta lettre . Elle a mi 14 jours à venir. C’est long et je me demandais si de Cherbourg je n’étais pas oubliée. Mais j’avais quand même espoir et tous les jours j’attendais le facteur et j’avais bien raison car ce n’est pas ta faute si elle a mi t’en de temps à venir  … je t’embrasse de tout mon cœur de bien loing hélas, en attendant, mais quand, que ce soit de bien près.

Pierre, de Savennières, le 18 mars

Mon cher Pierre  (1)
J’ai reçu ta carte auquel je répond. Tu me demande si je m’ennuirait dimanche. Je ne puis pas te le dire car on ne le sait pas. Je ferait mon possible. On nous a donner d’autres vêtement on nous équiper tout ces premiers jour. On est bien sou de cela car il faut toujours courir d’un côté de l’autre, sa n’en fini jamais …

Pierre, de Savennières, lundi 22 mars

Cher Marie
Je te récrit aussitôt que je suis rentré. Je te dirais que nous nous sommes bien rendu et personne ne nous a rien dit. Malgré ma perme sous la semel, le principe c’est de rentrer sans se faire remarquer et on ne dit rien. Aujourdhui nous avons encor passé revue en tenue de campagne avec tout notre arnachement et fait une marche … du nouveau on a encor rien entendu parler. On ne sait pas quand on partira …




Marie, jeudi 25 mars

Je te fais réponse a ta carte que je viens de recevoir. Elle mait autant de temps à venir de Savennières comme de Cherbourg. Si la mienne mait autant de temps j’ai bon espoir de t’embrasser avant que tu la reçoive car j’espère encore  pour dimanche ou même samdi si tu peux. Je n’ai encore rien reçu de Cesbron comme les correspondances ne vont pas vite cela ne tarde pas. Bien j’ai été à Beaufort pour voir Delion mais je ne l’ai pas vu. Si je ne reçoit rien d’ici peu je vais récrire car il serait pourtant temt qu’il paiye.
Maussion et Cormier ont reçu leur départ. Il parte les 1er jours de la semaine prochaine Gui est parti de ce matin pour Tours. C’est bien leur tour de partir mais malheureusement cela ne vous ramène pas vous qui ête parti depuis 8 mois. C’est bien long …


Pierre, de Savennières, lundi 29 mars

Je t’envoie ces deux mots pour te dire que nous nous sommes bien rendu. Nous arrivions à minuit. J’ai été porter la lapine chez Mme Boulard, ils la soigne aujourdhui pour que sa fin soit mercredi, ce qui enbonnira notre ordinaire. On a presque tous apporter quelque chose. Enfin on tachera d’en profiter. Dans le métier, nous sommes de garde aujourdhui. Demain nous faisons du service en campagne, mais nous étant de garde nous ne portons pas de sac

Marie, mardi 30 mars

J’ai reçu ta carte tantot et je te recri bien vite se soir. Je suis bien content de savoir que vous vous ête bien rendu … j’espère que demain vous aurez un peu d’agrément en mangeant la lapine. Nous avons commencé a venté les bettes. J’ai eu les sacs ce matin mais il ny fait pas chaud dans l’hangard car il a tombé de la neige toute la journée, mais cela doit bien être de même à Savennières et si vous avez fait du service en campagne vous n’aurez pas été bien heureux pour marcher. Les bettes je les livre vendredi à 10  heures à la gare de la Ménitré …




Pierre, d’Angers, mercredi 7 avril

Nous sommes parti de ce matin à 7 h, nous n’avons pas eu beau temps. L’eau a tombé jusqu’à Angers nous embarquons avec tout notre arnachement. Je ne sait ou l’on nous emmène. On a parlé de Troies en Champagne mais il n’y a rien de sur. Dès que je pourrait te faire savoir la ou je suis je te l’écrirait. Je n’en met pas plus long car nous embarquons …  


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La correspondance des militaires

Au tout début de la guerre, les autorités ont donné, par voie de presse,  des instructions pour adresser  les courriers aux militaires.

Les correspondances  doivent porter les noms et grades des destinataires et, aussi exactement que possible, un lieu de destination.
Celui-ci ne doit pas être la localité où le destinataire est supposé résider momentanément, mais le dépôt du corps d'armée.

Les lettres, cartes postales illustrées ou non, d'un poids inférieur à 20 grammes et non recommandées, sont transmises sans affranchissement aux militaires.
Les mandats de 50 fr et au-dessous leur sont envoyés gratuitement, à condition que le même expéditeur ne se fasse pas délivrer plus d'un mandat par jour, au profit du même destinataire.

Le volume de correspondances à traiter devient vite vertigineux et le systême s'engorge.

Début septembre 1914, un systême de cartes par couleurs, selon l'arme du destinataire, est essayé.

Ce n'est qu'avec l'envoi de postiers professionnels  dans le service postal des armées et la création des secteurs postaux, le 1er décembre 1914, que l'acheminement s'améliore.



Le bois de la gruerie

Des combats trés violents ont eu lieu, dans le bois de la Gruerie en Argonne, entre le 15 juin et le 15 juillet 1915.

Cet endroit a été surnommé le "bois de la tuerie".

La petite ville de Vienne-le-château a été complétement ruinée. Un capitaine du 112e RI a écrit le 15 juin : Que sommes-nous venus faire dans cette galère ... les Allemands ont persécuté et emmené toute la population. Il pleut sans discontiuer de grosses marmites(3). Le vacarme y est continu et, la nuit surtout, aux tranchées toutes proches, on se fusille comme au plus fort des batailles. Tout est désolation. La forêt est, en partie rasée par les projectiles de toutes espèces et tous calibres. Les grands arbres morts, sans feuilles, ressemblent à des squelettes et partout les terres sont bouleversées. Pendant les journées des 20 et 30 juin, le secteur reçut près de
80 000 obus asphyxiants. Le gaz utilisé est le bromure de xylyle ...





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En rouge, les localités de séjour de Pierre

Le passe-temps en ligne

Sur le front, entre les attaques et les bombardements, les poilus (5) doivent passer le temps pour ne pas sombrer dans le découragement.

Intellectuel ou manuel, chacun utilise ses talents.

Fabriquer ou décorer une carte de ses mains va être apprécié du destinataire et peut-être faire oublier, un peu, l'horreur de la situation.

La légende du petit héros

Dans les pays envahis, comme la France, l'enfant symbolise l'innocence martyrisée [LAR]. Il illustre la force de l'esprit de résistance, transmis de génération en génération.

Il y eu Jean-Corentin Carré, origine du Faouët dans le Morbihan. Il s'engagea à 15 ans, en cachant son véritable etat-civil.

Les cartes postales ont illustré ce thème avec la légende du petit héros, dont il existe plusieurs versions.

Ce serait l'histoire de Emile Després, originaire du village de Lourches, dans le Nord.
Ce jeune garçon est mort en martyr après avoir tué un officier allemand.

La censure de l'information

 Au début du conflit, les journaux relatent généreusement le départ des régiments vers les zones de combats et l'extraordinaire motivation des soldats au milieu de la liesse générale des civils venus les soutenir.

Le Petit Courrier consacre quotidiennement une place dans ses colonnes à l'actualité des régiments de la région, au passage en gare de train de blessés français ou d'étrangers.

Rapidement, la presse se révèle orientée sinon censurée. Progressivement,  les articles de journalistes cèdent la place aux communiqués officiels.

La maitrise de l'information permet à l'Etat de mobiliser l'opinion publique, pour soutenir le moral des troupes et le patriotisme de la population, pour l'habituer aux sacrifices inhérents à la guerre.

L'autorité militaire veut aussi surveiller les correspondances entre les combattants et leur famille.

Un contrôle par sondage est installé dès février 1915.
Il s'intensifie en 1916 et surtout au printemps 1917, pour mesurer l'évolution du moral des troupes, au moment où éclatent des mutineries.

Les soldats s'autocensurent alors spontanément, se sachant contrôlés.
La colère dans les tranchées

Après l'échec de l'offensive de Nivelle, le 16 avril 1917 et son entêtement au chemin des Dames, la tension monte dans les troupes.

Les hommes ne rechignent pas à défendre le territoire national mais ils sont exaspérés de tant de morts pour rien.

Les soldats des tranchées sont à quatre-vingt pour cent des paysans. IIls n'ont plus confiance dans les grands chefs et sont convaincus que la guerre est le fruit de la décision des "gros", des puissants.
Ils s'insurgent en même temps contre les "embusqués" de l'arrière.

Marc Leclerc [LEC] a écrit:

Le pauv’bougre d’Poilu …
Sachant ben que, contr’sa misère,
Y’a point à fair’d’raisoun’ment,
Et qu’les gâs qui cultiv’la terre
C’est leur devoir ed’la défendre
S’raient-is territoriaux fourbus …
C’est point difficile à comprendre
Qu’tout l’monde peuv’point fair’ des obus.
Faut êt’ouverrier, ou notaire
Pour fair’son d’voer sûr l’front de l’arrière !

Dans les zones de combat

Pierre, de Troyes (caserne Songis), le jeudi 8 avril 1915

Nous sommes à Troyes mais nous ne sommes encor que de passage. Il est onze heures. Je suis en bonne santé.



Pierre, le 10 avril

Je te donne quelques nouvelles. Nous avons arrivé au cantonnement le 9 au soir. On habite sous un hangard. L’on est pas trop mal. On a de la paille pour nous coucher. On ne sait pas si on va être longtemps. Je ne crois pas. Je ne puis te donner mon adresse, tu me récrira que lorsque je te l’aurait envoyée. On a encor pas le secteur. Dès que je l’aurait je te l’en verrait. Je suis en bonne santé … Le canon tonne depuis 2 jours et deux nuits.

Pierre, le 30 juillet

Souvenir du Bois de la Grurie
Ecorce d’un Boulo couper par un aubus





Marie, le 21 octobre

J’ai reçu aujourdhui ta carte du 17. Tu me dis que tu a reçu ton colis et ton mandat, ten mieux. Hier je t’ai envoyé un jilet et une paire de chaussettes. Si tu as besoin d’autre chause, il faut me l’écrire. Je te l’envoirai si je peux. Tu me dis que vous n’êtes pas trop mal pour le moment. Si vous y restiez seulement un bon moment puisque vous n’êtes pas en danger, c’est le principal. Vous allez peut être avoir aussi des permissions on dit qu’elles sont recommencé. Jules Blaisonneau est arrivé et Brard aussi. Il sont au 71eme dans l’oise, aussi ce serait pourtant bien votre tour d’en avoir aussi … c’est la fin qu’il nous faudrait on vive toujours sur l’espoir mais c’est bien long.

Marie, le 30 décembre

Ce matin je t’envoie moi aussi mes souhait de bonne et heureuse année. Espérons que cette année 1916 finira notre misère et que les beaux jours reviendront bientôt. Je te souhaite une bonne santé et une bonne chance jusqu'au bout de cette affreuse guerre. Je me demande ou tu va commencé cette année car je ne sait encore ou tu est peu être que je vais recevoir une lettre aujourdhui qui va me le dire. Je vais ce matin au bourg, j’ai toute une correspondance à poster … je te dis que je vais au bourg c’est encore pour les cheveaux (4). Il faut les déclaré, on a jusqu’au 1er de l’an. Je ne sait encore ce qu’l veulent. Louis Hamard est en permission, il est venu nous voir hier soir




Pierre, le 25 janvier 1916

Je te dirait que je suis toujours dans les environs d’Estré St Denis. Nous ne sommes pas trop mal mais j’ait été un moment sans recevoir de lettre et toi tu dois bien avoir été de même. Je le sais car Tessier m’a dit que tu avais été par chez lui et que tu n’avais pas eu de lettres dans la semaine mais je ne suis cependant pas une semaine sans écrire. Voilà 2 jours que j’ais écrit il ne peut tout de même y avoir que 3 ou 4 jours de différence avec la dernière qui est parti trois jours avant … et la fin qui ne vient jamais, on parles de retourner du coté de Boulogne mais on ne sait jamais.

 


Marie, vendredi 29 décembre

Quand tu recevras cette carte l’année 1916 sera fini. Espérons que dans celle qui va commencé nous verrons bientôt la fin de cette maudite guerre. Il faut l’espérer car malgré tout cela ne peut pas toujours duré et il est bien temp que toutes nos misères finissent depuis plus de deux ans que cela dure. En attendant que ce jour tant désiré arrive je te souhaite une bonne et heureuse anné avec espoir que tu reviendras bientôt parmi nous. Demain j’irai au bourg pour t’envoyé un coli.

Pierre, de Monchy-Humières (Oise), le 21 juillet 1917

Deux mots pour te faire savoir que je suis en bonne santé, et que dans quelques jours je serait parmis vous. Le jour je ne puis le fixer, mais je sais que mon tour est proche, je voudrais bien te trouver en bonne santé, mais peut être ne seras tu pas encor guérit. Pourvu qu’il y ait du mieux, car tu peut croire que je voudrais bien vous voir tous en bonne santé. C’est mon grand désir.





Pierre, le 19 septembre 1917

Je suis allé hier à Soisson, et j’en ait profité pour acheté un petit carnet de cartes, vues de Soisson. Je t’en enverrai une de temps en temps entre mes lettres. J’en ai une 12 aine. Cela garnira un peu ton album. Je ne vois pas grand nouveau. On parle encor de nous relevé. Il ne serait pas trop tôt mais ce n’est jamais la fin de ce banditisme. Ils nous rendraient trop heureux de nous libérer, car ce jour en serait un beau jour pour nous autres, malheureusement s’ils y étaient eux ces gros ils comprendrais le bonheur d’un homme emprisonné ou du moins enchainé mais non ils ne gouterons jamais ce bonheur, ils sont trop heureux. Le malheur c’est que de nous, tous n’aurons pas ce bonheur … on parle de relevé à l’arrière la classe 1896, mais pas la mienne. C’est la fin que l’on demande tous.

Pierre, le 21 septembre

Je t’envoie une carte comme je t’ait dit entre mes lettres, comme j’en ai pas aujourdhui, j’écrit quant même 2 mots. Nous ne sommes pas encore relevé, je ne sait si notre division sera assez nombreuse pour faire une attaque. En tout les cas ce ne serait pas encor tout de suite. Cela demande bien un moment que tes travaux soient terminé … c’est toujours la fin qui ne vient jamais.


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Cuisines et roulantes

Les cuisiniers du début se plaignaient souvent de leur fatigue à coltiner le ravitaillement des dépôts à leurs feux …
Les cuistots étaient toujours à la peine, quelquefois au plaisir, jamais à l’honneur …
Ils payaient de leur lourde peine leur relatif privilège…
Quand ils furent fixés à leurs roulantes, à l’abri des grenades et des mitrailleuses, sinon des obus, ils firent vite figure, surtout quand la cuisine était particulièrement mauvaise et les parts trop réduites, et davantage quand la soupe n’arrivait pas aux bonhommes, de sales embusqués, car le terme était loin de s'appliquer exclusivement à ceux du véritable "arrière"…[MEY]



Ecrire presque chaque jour

Peu de soldats paysans ont eu envie de tenir un carnet mais tous écrivaient et souvent.
Ils écrivaient à leur épouse, aux parents et amis en espérant toujours que la carte ou la lettre leur parvienne et qu'ils soient encore vivants, ce jour là.

Jamais les époux ne se sont tant écrit. Les poilus écrivent en moyenne une lettre par jour[NGU]. Ils se soucient de leurs affaires familiales et professionnelles.

Par leur répétition, les courriers expriment des tendresses profondes avec des formules souvent banales ou scolaires, mais on ose écrire ce qu'on ne trouverait pas le temps de dire, en tête-à-tête.

Certaines cartes sont écrites posément, à la plume, en soignant au mieux l'ortographe. D'autres sont rédigées phonétiquement, sur un genoux, avec un crayon-encre, humecté à la salive.

Il est primordial  de recevoir une carte, une lettre, un colis. C'est aussi nécéssaire que la boule de pain et le quart de jus.






Les Malgré-nous et le massacre de Ballersdorf


Ballersdorf est un village situé entre Dannemarie et Alkirch, en Haute-Alsace.

Depuis 1871 et le traité de Francfort, l'Alsace est Allemande. Les jeunes gens accomplissent leurs obligations militaires dans l'armée allemande.
En 1914, ils combattent contre les soldats de la Triple entente (6).

Après la guerre, et le retour de l'Alsace dans la nation française, la situation de ces anciens ennemis est  peu confortable.
En 1920, ils se donneront le nom de "Malgré-nous".

Lors du conflit suivant, l'Alsace est rapidement occupée par les armées d'Hitler. Celui-ci décide, le 25 août 1942, d'obliger les jeunes Alsaciens à accomplir leurs service militaire en Allemagne.

Certains fuient en Suisse pour s'y soustraire.
Le 12 février 1943, douze jeunes gens, résidant pour la plupart à Ballersdorf, essaient de passer la frontière.
Les allemands informés les interceptent et dans l'affrontement un officier est tué.

Les représailles sont terribles. Les jeunes sont retrouvés chez eux, sauf un, et fusillés.
Leurs familles sont déportées dans les camps de travail en Allemagne.

Les permissions

La création tardive des permissions confère aux correspondances une place centrale dans les liens entre le front et l’arrière.
Partis à l’été 1914, les soldats français n’obtiennent pas de permission avant juin 1915, lorsque Joffre leur accorde, à tour de rôle une  semaine de congé.

Le tour de permission revient en principe tous les quatre mois.
La durée du congé est prolongée du temps nécessaire au transport. Plus le soldat réside loin, plus il est longtemps éloigné des lignes.

Le combattant attendait impatiemment de pouvoir revoir les siens et les civils de se rassurer sur le déroulement des combats.

Le contact avec l'arrière n'est pas toujours enthousiasmant. Pendant son voyage, le combattant rencontre souvent l'incompréhension des civils.
Beaucoup de ces derniers semblent avoir oublié la guerre. Quelques uns en profitent de manière jugée honteuse.

Parfois, le permissionnaire retrouve une cellule familiale éclatée.
Souvent, le soldat qui vient de laisser le misère des combats doit remonter le moral des siens à l'arrière et fermer les yeux sur les plaisirs qui s'étalent dans les villes.

Les difficultés du courrier


Pendant la première guerre mondiale, il y a un accroissement vertigineux des correspondances.

Il arrive que le système postal s’engorge, surtout dans les premiers mois.

En France, la situation ne s’améliore qu’avec l’envoi de postiers professionnels dans le service postal des armées en novembre 1914 et l’introduction des secteurs postaux en décembre 1914.

Toute interruption du courrier est perçue comme insupportable.
A l’arrière, c’est le signe qu’un malheur est arrivé.

Sur le front, le rythme et le ton des lettres permettent aux combattants d’évaluer le soutien de l’arrière et la fidélité des épouses.



Un peu à l'arrière des lignes

Pierre, le 3 octobre 1917

Je suis rendu à la cuistance avec une bande  de … ce qui ne me plais pas trop mais que veut tu, il faut se résoudre à tout. Je suis en bonne santé … je déménage demain de mon escouade. Les tipes ne paraissent pas trop mauvais.

Pierre, le 17 octobre

Nous sommes toujours au même endroit et on commence a être bien ennuyer de tout ces bombardements car ça tonne mais que veut tu, à ma cuistance, c’est du mal mais je préfère encor être la que d’aller en ligne tout les jours. On est un peu plus à l’abri. Je ne voit pas grand nouveau que l’on ne partira qu’après avoir fait cette attaque que l’on dit terrible, surtout pour ceux qui nous remplaceront. Autant toujours que ce soit donc fait, tout ce bordel, et que si on peut s’en tirer que l’on sorte de ce pastice.
 

Pierre, le 19 novembre

Je me suis bien rendu, j’ait été 3 jours à me rendre et j’ait arrivé a l’heure de descendre au repos. On trimballe tout les jours. On dit que l’on s’en va du coté de Viler Coterai. En tout les cas il n’est pas trop tôt que la compagnie descende, il avais remonté en ligne le lendemain que je suis parti. Un drole de repos. De ce coup ci, on est partis, mais ce n’est pas le rève a cette roulante, tous les matins debout a 3 heures. On a pas une seconde a nous toute la journée.

Pierre, le 28 décembre

Je te met cette carte, un ami qui en fait cadeau, et moi je t’en fait de même et sur cette carte y a une petite fille. Tout ce que je te souhaite ce ne serait qu’une chose, et je pense bien que tu ne trouve pas dans cette position. Ce serait de ne pas en avoir d’autre, surtout pendant la guerre. Bonne et heureuse année et bonne santé.




Marie, le 30 décembre

Voilà encore un 1er de l’an qui arrive, c’est le 5eme ainsi nous les avons toujours souhaité bon et ils ont tous été mauvais. Espérons pourtant que cette année qui va commencé finira nos misères et que tu reviendras parmi nous. Quel heureux jours ça sera peu être est il plus près que l’on ne crois, car malgré tout cette maudite guerre la ne peut pas toujours duré. Il faudra bien qu’il la finisse un jour.

Pierre, le 3 janvier 1918

Nous sommes en voyage depuis déjà quelques jours. Tu vas trouver que j’ait été long a t’ecrire mais cela ne nous aurait guère avancé car on ne savait ou les mettre. Bonne année pour le petit et pour tous.

Pierre, le 4 janvier

Je fais réponse à ta carte. On recommence la 5e année de misère, comme tu dit il serait que temps que tout ces souhaits ce réalise, mais c’est toujours la même chose. Il faut que l’on en crève tous de cette fumistrie. Je te remercie de tout tes bons souhaits, tu doit bien avoir reçu les miens pas bien longtemps après que je t’ait écrit car je m’étais pris de bonheure … mais quel jour pourra t-on s’en retourner au foyer, on gèle de froid.



Pierre, de Ballersdoff, le 26 février 1918

Je t’envoie la carte du pays ou nous sommes mais on dit que demain peut être nous serons du coté de Dannemarie. Il serait temps car je crois que les boches ne laisseront pas toujours ce village intac. Ils n’en pas pour long a le détruire, s’ils veulent.
 
Pierre, des environs de Belfort, le 27 février

Je fais réponse à ta lettre que j’ait reçue ce matin. Pour la guerre c’est comme tu dit, les boches ne manqueront pas de pièces. On pourra prendre une bonne pilule, à présent. Enfin, on verra bien si on vive comme ils nous assaizonerons. Vous aurez la carte de pain comme tu dit il faudra jeuner. Le temps est beau ou nous sommes. C’est péché de donner de pareil journées a des bandes d’as de la sorte. La jument ne va pas mieux, c’est toujours de l’embaras pour toi, enfin espérons qu’elle ira mieux … pour la perme s’approche mais c’est pas cela qu’il nous faut c’est la paix. On en a mare et par dessus les oreilles de toute cette fumistrie.

Marie, le 1er mars

J’ai reçu ta carte de Ballersdorf. Je t’en remercie. Tu dis que vous quittez ce patelin, vous allez du coté de Dannemarie c’est toujours l’Alsace et il ne doit pas y faire chaud. Aujourdhui il tombe de la neige et il ne fait pas chaud et il faut encore que tu fasse ce déménagement la avant de t’envenir en perme, peu être que quand vous serez rendu que tu l’aura tout de suite … bonne santé et bonne chance toujours et la fin de la guerre vivement.

Pierre, le 3 mars

Je fais réponse à ta lettre. Nous sommes changé, on est a Belmanix a 7 km d’ou nous étions, moins en danger, mais dans une boue pas ordinaire, ça passe au dessu des souliers, mal couché dans les baraques c’est comme dehor autant de boue et il y fait froid. Tu pense que les pieds prenne quelque chose du matin au soir dans cette boue. Vivement la perme, pendant ce temps les beaux jours viennent et je pense que lorsque tu auras cette carte je serait en route ou près de partir.




Pierre, de Damas-devant-Dompaire (Vosges), le 30 mai

J’ai reçu ta lettre hier soir, mais comme nous partions je ne fais réponse qu’aujourdhui. Nous sommes partis ce matin a la première heure, nous sommes dans le patelin encor pour 4 ou 5 jours que l’on dit et après on embarque pour destination laquel je ne sait. On dit que l’on ira par le train en tout les cas cela nous fait bien mal car nous étions bien. Tout cela ne finit jamais. On espérait pourtant mais c’est toujours la misère. On a fait 25 km aujourdhui, je te jure que l’on est bien las de ce métier de trainer et ce n’est pas fini. Comme tu dis je la trouve mauvais après avoir passé des jours si heureux. Je termine car je vais me reposer sur un peu de paille mais il fait chaud, ce n’est plus comme l’hiver mais c’est trop chaud pour faire des marches.

Marie, le 28 juin

J’ai reçu ta lettre, tu me dis que pour le moment tu n’est pas t’en mal assez bien couché, t’en mieux, car vous êtes bien trop souvent mal. Tu me dis qu’il tombe de l’eau et qu’il ne fait pas chaud. Nous ce n’est pas la même chose, il fait grand chaud et jamais d’eau. Nous coupons les navet et il faut être matinal car j’en ai grand a coupé. On se lève à 3 heures le matin, passé 8 heures il n’y fait plus bon. On se couche à midi.



Marie, le 14 juillet

Je n’ai jamais de lettre. Hier je suis allée à la poste, rien. Avant d’aller à la requisition, je suis allée voir chez Alanie, il avait écrie jeudi, il disait qu’il était dans l’Argonne mes ne parlait pas de toi. Pierre est retourné ce matin a la poste, rien encore. La Mathurin Ménage vient de me dire que la mère Alanie leur a dit ce matin a la messe qu’elle avait une lettre et de me le dire, il disait que tu étais en bonne santé et que vous repartiez, mes moi j’en ai pas et je me demande pourquoi … j’ai ramené la noire, il n’ont pris quaus il  y en avait deux davance.

Marie, samdi 27 juillet

Je t’écris deux mots se soir. Nous coupons toujours le blé mes nous avons fini les chardons a Toinault, on en est pas faché. Il a tombé un peu d’eau mes ce n’est pas pour trempé, ce n’est que pour retardé. Mon cher Pierre que deviens tu par cette battaille, j’espère que demain j’aurai de tes nouvelles. Je te recrirais demain soir.

Marie, mercredi 7 août

Nous avons vu Perdreau se matin. Il nous a dit de faire comme à l’autre réquisition puisqu’elle n’étaient pas encore déclarée. Ca fait que la noire n’est pas encore vendu. Je la mènerai samdi savoir s’il la prendront. Enfin j’aimerai mieux qu’il prendrais celle la que la grise puisque je ne peux pas faire mon travail avec et je voudrais bien n’avoir plus qu’un cheval car je suis las davoir t’en de mal et d’embaras.

Marie, jeudi 23 août

Je t’écris deux mots. M. Combe vient de s’ennaller, je retourne au remède. Il ma dit qu’il le trouvait bien mieux mes il lui faut 2 vessicatoires. Je part les chercher. Tout cela c’est de la misère pour moi et surtout de l’inquiétude car on a t’en de chance. La vache a eu veau hier soir. J’ai reçu tes lettres hier. Tu dis que les permissions vont un peu plus vite, si tu étais seulement la, mais non et la fin quand donc.

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Carte ancienne avec message sur l'illustration
Survolez pour retourner la carte


L'HISTOIRE DES  CARTES POSTALES  

La carte postale apparaît d’abord sous la forme d’un simple rectangle en carton. Envoyée sans enveloppe, elle bénéficie d’un tarif réduit. C’est en quelque sorte la lettre du pauvre.
La circulation commence en Autriche, le 1er octobre 1869. L’Allemagne suit un an après.
En France, la ville de Strasbourg est investie par les Allemands le 13 août 1870. Le comité strasbourgeois de la société de secours aux blessés obtient de l’occupant, l’autorisation de faire parvenir, sous forme de cartes-poste, des nouvelles des assiégés. Le premier envoi connu date du 14 septembre 1870.

Le 21 septembre, un décret entérine la création de cartes-poste en carton plein, du poids de trois grammes au maximum, de onze centimètres de long sur sept de large.

La loi de finances du 20 décembre 1872 consacre la naissance officielle de la carte-poste. L’administration se réserve le monopole de la fabrication. Les cartes sont vendues dans les bureaux de poste et débits de tabac.

Vers 1875, l’industrie privée est autorisée à fabriquer et mettre en vente. En 1883, un décret autorise au verso des cartes des mentions manuscrites ou imprimées de toute nature. C’est le début des cartes illustrées.

Les cartes postales les plus anciennes sont obtenues en collant ensemble plusieurs feuilles de papier. Elles sont fragiles à la conservation.
Elles sont assez vite remplacées par des éditions sur bristol.

Le 20 novembre 1903,  un arrêté fixe définitivement les emplacements réservés à la correspondance et à l’adresse au verso de la carte. Le timbre doit être placé au-dessus de l’adresse. Le verso est, maintenant, entièrement consacré à l'illustration.

Jusqu'en 1917, le tarif d'affranchissement est de 5 centimes pour  cinq mots, au plus. Pour en écrire plus, il faut mettre un timbre à 10 centimes.

La production massive de cartes postales commence lors de l’exposition universelle de 1900.  L'âge d'or continuera jusqu'à la fin de la grande guerre.

La carte, quelques fois fournie par l'armée,  est un support pratique.

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La  grippe "espagnole"

Une épidémie de grippe fait son apparition au printemps 1918.
Elle est caractérisée par une très forte contagiosité et atteint son apogée en octobre 1918.

La pandémie s'attaque à tous les milieux mais plus particulièrement aux jeunes adultes.
L'annonce de ses ravages à l'arrière fragilise le moral des troupes. Les soldats se tournent vers leur famille et sont inquiets.

Au début, on croit que le virus vient d'Espagne mais  l'origine est vraisemblablement nord-américaine, accompagnant les détachements militaires alliés.

Elle s'étend au monde entier où elle fait vingt à trente millions de victimes.
En France on en dénombre 210 900 [LAR]. Les soldats représentent la moitié des morts.

Elle disparaît, comme elle est venue en 1919, probablement par mutation du virus.





L'armistice est signé

A 11 heures du matin, le 11 novembre 1918, les hostilités sont suspendues sur l'ensemble du territoire.


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Le retour en Alsace-Lorraine

Dès le 17 novembre 1918, le général Pétain fait son entrée solennelle dans Metz libérée.
Deux jours plus tard, les statues représentant Guillaume Ier, Frédéric III,  et Guillaume II sont déboulonnées par les habitants.

Pour marquer le retour des départements de Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin dans la nation française, le président de la République et le président du Conseil se rendent à Metz le 9 décembre et le lendemain à Strasbourg.

Ils sont accompagnés par un aéropage de députés et sénateurs.

La mise en place des structures administratives suivra, avec quelques difficultés liées au vécu de ces régions.


L'hommage aux combattants

Lors des célébrations de l'armistice, en 1922, en inaugurant le monument aux morts, le maire de Beaufort rend hommage aux combattants de la grande guerre, en ces termes :

 ... oui, on avait vu dans les guerres antérieures, une ardente jeunesse offrir sa vie à une grande cause, oui on avait vu des populations entières supporter d’un cœur ferme les souffrances des longs et pénibles sièges, mais ce qu’on n’avait jamais vu, c’est le père de famille, arraché à son foyer, jeté dans une tranchée, et là, tenant pendant cinq ans, dans la fange, sous une pluie de fer et de feu, avec une inflexible résolution, ce que les Grecs, dans leur beau langage, appelaient « le dieu intérieur », la ténacité, l’héroïsme …


Plus simplement,  le poilu paysan de Marc Leclerc, en arrivant au ciel après avoir rencontré un obus, est interrogé par le Bon Dieu :
Qué qu’tu fesais avant la guerre ?
Ben Mon Guieu, j’cultivions la terre …


Celui qui a échappé à la mort ou aux blessures revient à la terre, sans plus de commentaires.
Beaucoup s'étonnent. Pas de nom sur une stèle, pas de faits de guerre, de citation, de décoration, mais qu'avez-vous donc fait à la guerre ?

j'ai vécu


La paix est signée le 28 juin 1919 à Versailles.
Marie referme provisoirement son album.
D'autres épisodes viendront l'enrichir mais, c'est peut-être une autre histoire.

La fin de la guerre 


Pierre, de Santenay-les-bains, le 26 octobre 1918

Je t’envoie une carte aujourdhui. C’est lhopital ou je suis et je te désigne par un point la chambre ou je suis instalé, en compagnie d’un appelé Merles de ma compagnie. Nous nous sommes toujours suivi depuis que nous avons quitté la Veuve. C’est la qu’il m’a rejoint. Je ne vais pas plus mal. Je suis assez bien sauf que l’on manque a manger mais on peut s’en procurer, c’est le principal. On s’achète un bidon de vin tout les jours et un peu de quoi manger. Je n’ai pas encor de vos nouvelles, je m’impatiente, pourvu qu’elle bonne. C’est mon désir, mais j’attent.



Marie, le 30 octobre

J’ai reçu ta carte du 26 et chez Benoit aussi. Cela m’étonne comme tu n’as encore pas de lettres, mes souvent ça ne va pas vite, enfin j’espère bien que tu en as en ce moment. J’ai vendu des bettes et j’ai ammené des sacs aujourdhui de chez Toumelin. J’en ai vendu 30 sacs. On ventera la semaine prochaine. Je termine, j’espère que tu vas toujours de mieux en mieux mes t’endis que tu peut rester à l’hopital c’est autant de tiré et tu auras toujours une convalessence.


Pierre, de Santenay-les-bains, le 3 novembre

J’ait reçu ta carte du 30. Tu dit que tu as vendu des bettes mais tu ne me dis pas ce que ça vaut. J’espère le savoir de vive voix, car je croit que l’on va nous vider de l’hopital, d’ici quelques jours. Il doit en arriver d’autres qui sont sur plus mal que nous. Enfin il y a toujours 10 jours et c’est intéressant … aussitôt que je saurait partir, peut être aurai je le temps d’écrire, car il me faut bien 2 jours pour me rendre.


Marie, jeudi 8 novembre

Je fais réponse a ta carte peu être ne va tu pas recevoir celle la, car tu me dis que vous allez bientôt sortir de l’hopital. Espérons que ça va être la dernière permission et que tous ses parlementaires vont finir ainsi que la guerre. On disait même ce matin que c’était arrivé au mairie, mais se n’est pas encore sure. Il y a tout de même de l’espoir … pour moi ça va mieux, il n’y a que ce mauvais sang que j’ai partout qui me brule et je ne suis pas heureuse avec cela. Enfin j’espère que ça va ce passé.

Marie, mercredi 18 décembre

Je t’envoie cette carte. Je n’ai pas de lettres depuis samdi, peu être que j’en aurai une demain. J’ai été à Beaufort et je n’ai pas vu Toumelin et pourtant il mavait dit d’y venir, qu’il me donnerai de l’argent. Peu être a t il eu des empèchements car ses rare quand il ne vient pas a Beaufort. J’y retournerai en 8 jours, j’espère qu’il y seras. Auguste repart ce soir je crois, mais il ne serait longtemps ses classes la. Et quand ton tour sera t il.

Marie, dimanche 29 décembre

Je t’envoies cette carte a l’occasion de la nouvelle année qui va commencer cette fois ces la bonne j’espère et elle ne sera pas bien longue avant que tu sois parmi nous. Je te la souhaite bonne et heureuse, une bonne santé et un prompt retour. Je n’ai pas de lettre tous ses jours. J’espère que je vais en avoir une aujourdhui.




Pierre, en réponse sur la même carte

Je te remercie de tes bons souhaits et te les rend de tout mon cœur.
Ce que tu me souhaite, je l’espère, mais pas avant février.
Voilà je compte une période de 28 jours, pas bien après, peut être avant de quelques jours.



Pierre, de Metz, le 19 janvier 1919

J’ait reçues deux lettres en même temps que ton colis dont je te remercies.
Tu disais que Auguste avait dit a sa femme de ne plus lui ècrire, moi aujourdhui je t’en dit autant.
Je compte quitter la Cie le 27 dont je compte encore 8 jours ; Tout de même ça s’avance.


Pierre, de Metz, le 23 janvier

Je fais réponse a ta lettre. J’ait reçu les certificats, mais on ne nous les a pas demandé. On est pas dificile a cette compagnie mais plus loing si on me les demandait, je les ait, ce n’est pas bien couteux. Je compte quitter la Cie lundi. Savoir combien de jours nous serons à Nancy. J’espère que dans une 8aine, je serait peut être a Angers quoique les trains ne vont pas vite.





Pierre, de Nancy, le 28 janvier

Ma chère Marie nous sommes arrivé a Nancy mais nous attendons car ça ne va pas vite et en plus de cela on se fout de nous quant tu parles qu’un rassemblement s’est fait à 7 h ce matin, à midi autant, un dans le train, l’autre dans la cour et ils gèlent ces malheureux. Je termine. Je suis en bonne santé … peut être que dans 8 jours nous approcherons. Vivement.
Celui qui t’aime et t’embrasse.

 


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Notes

(1) Les formules ne seront pas reprises dans ce qui suit, pour alléger le texte
(2) Journal républicain régional dont le siège est à Angers
(3) Obus dans le langage du combattant
(4) La réquisition des chevaux et véhicules automobiles a commencé dès le début de la guerre
(5) A l'arrière, les combattants des tranchées sont appelés ainsi. Eux-mêmes se donnent le nom de "bonhommes"
(6) Royaume-Uni + France + Empire russe


Références

Bibliographie

[LAR] Larousse de la grande guerre, Larousse 2007
[LEC] LECLERC, Marc, La passion de notre frère le poilu, Bibliophile angevin, 1920
[MEY] MEYER, Jacques, La vie quotidienne des soldats pendant la grande guerre, Hachette 1966
[NGU] NGUYEN, Eric, La grande guerre, au coeur des tranchées, Timée-Editions 2008
[SOF] L'Ouest dans la grande guerre, Ouest-France, Hors série 2008

Sites Internet

De nombreux sites traitent de la guerre 14-18.
Pour faire des recherches sur un combattant, les sites suivants sont incontournables.

SGA Mémoire des hommes : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Historique des régiments de la grande-guerre : http://www.chtimiste.com/
Sépultures de guerre :    http://www.sepulturesdeguerre.sga.defense.gouv.fr/

Un très bon forum pour les pages 14-18, sur lequel j'ai ouvert un sujet, en rédigeant cette fiche.

Et, le site de Papy Louis pour découvrir une foule de choses sur la vie, dans la Vallée, au siècle passé.
En particulier, un dossier sur  l'épidémie de grippe espagnole :
http://themasq49.free.fr/index_fichiers/1418/Grippe_espagnole_11.htm

Entretiens



Cette fiche a été élaborée suite à des entretiens personnels, notamment avec :Louis Barrault, Jean-Luc Dron, Michel Marcot et Véronique Renaud.
 
Il convient de les en remercier.

Merci également aux collaborateurs des :

- Archives départementales de Maine-et-Loire;
- Bureau d'état-civil de la mairie de La Ménitré;
- Service départemental des Anciens combattants de Maine-et-Loire;

pour les renseignements aimablement fournis.



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Date de mise à jour:20 juillet 2014  Jean-Marie Schio