Les halles et l'avion MS-AI

Plan de situation M7

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Beaufort, une des villes les plus importantes de l’Anjou, jusqu’au milieu du XIXe siècle, était centre de commerce et, au dire de ses édiles, le premier marché du département.

Mais les vieilles halles ne tenaient plus debout. Il fallait en construire de nouvelles,pour continuer de soutenir la principale industrie, le tissage.
Les finances de la commune, alimentées par la vente des biens communaux, permettaient aisément de lancer ce projet.

Le tissage des toiles périclita bientôt. Si le marché continua de s'abriter dans les halles, on trouva pour cet imposant édifice d'autres usages, notamment pour des grandes réunions festives ou sportives.

Pour nombre de Beaufortais, le souvenir des halles reste attaché à l'exposition, pendant près de cinquante ans, d'un avion de la première guerre mondiale. C'était une singulière attraction pour les enfants qui réclamaient d'accompagner leurs parents au marché.


















Le palais royal à l'étage

















Des réparations importantes

















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Le passage de la route n° 7
















La démolition des vieilles halles

LES ANCIENNES HALLES

Des halles existent à Beaufort, dit-on, depuis le XIVe ou XVe siècle. Le 10 décembre 1545, Mathurine Silvache, dont le mari, Guillaume Bigot, est organiste en l’église Notre-Dame,  fait don, pour les orgues, d’une rente de 50 sols tournois sur sa maison et appartenances sise sur les halles de la ville [DEN1].
Cette année là, François Ier cite le marché de Beaufort comme ung des plus beaux fameux de ce royaulme.

Les halles sont implantées sur l’actuelle place Jeanne-de-Laval, séparées de la bordure sud de celle-ci, par une rue étroite, dénommée justement ruelle des halles.
C’est un bâtiment important, élevé sur des poteaux de bois et couvert d’ardoises. Il a 180 pieds de longueur sur 48 de large (1)
A chaque extrémité, dans des angles opposés, la construction se termine par un bâtiment. A l’étage, sous les combles, se trouve le palais royal, utilisé par le sénéchal, le juge du grenier à sel et les habitants pour leurs assemblées.

En 1622, les halles sont estimées en grandes ruines, tant pour la maçonnerie, la couverture et la charpente.
Renée de Cossé, duchesse d’Auville qui, depuis le 19 août 1620, jouit par engagement du comté de Beaufort, fait procéder à l’inventaire.

Outre le constat qu’il faut quasiment reconstruire les halles qui sont en danger de se cabrer, cet inventaire nous renseigne un peu sur ses parties constructives.
La charpente est supportée par des poteaux centraux qui font 20 pieds de long, lorsqu’ils vont de fond en comble. Ils ont un pied de largeur au carré. Ils reposent sur des maçonneries. La couverture, entièrement à refaire, est en ardoises.
Il est nécessaire de refaire la tour du palais, de terrasses et de briques, et les deux côtés de la lucarne qui éclaire l’escalier, lequel est aussi à refaire à neuf.
Le plancher du palais est à rénover. Il faut prévoir la pose de quinze milliers de carreaux.
La dépense totale à prévoir pour toutes les réparations est estimée à 5410 livres.

Les réparations ont-elles été faites ? Peut-être, au moins en partie, car on continue à utiliser les halles, non seulement pour le marché, mais aussi pour des manifestations publiques.
En 1708, Michel Poncet de la Rivière, évêque d’Angers donne la confirmation sous les halles.

En septembre 1772, à la demande du nouveau comte de Beaufort (2), le sénéchal fait faire un état des lieux.
Le bâtiment situé à l’angle sud-ouest est alors utilisé, en bureau, pour le marquage des toiles.

Le constat concernant la structure des halles est alarmant. Les piliers qui soutiennent l’ensemble sont entièrement pourris et il faut les rétablir à neuf pour éviter l’écroulement prochain de l’édifice. Quant au palais de l’étage, on n’y accède plus que par une échelle.
Son usage semble quasi abandonné. Le bruit des halles gêne les audiences. Les documents conservés sont tellement endommagés par l’humidité qu’il n’est plus possible d’y avoir recours.

A titre de conclusion, le commissaire désigné par le sénéchal ordonne aux experts de produire un  devis pour la réparation des halles et, un autre, pour la construction d’un nouveau palais, sur la place du marché aux bœufs.

Réparations ou non, les halles continuent de servir et, dans l’après-midi du 27 mai 1789, un repas y réunit plus de trois cents gardes nationaux qui venaient de prêter serment à la nation, à la loi et au roi.
Quant au palais, les habitants, qui veulent que Beaufort devienne siège du tribunal du district [COLL], envoient le 25 juillet 1790, au comité de constitution de l’Assemblée nationale, une supplique où ils avancent que l’auditoire du palais et le greffe sont nouvellement réparés.


En 1813, la municipalité se préoccupe d’un bureau pour visiter, auner et marquer les toiles. Elle commence à réfléchir au devenir des vieilles halles.

Un événement vient relancer le débat au début des années 1820. La nouvelle route départementale n° 7, reliant la Loire à Baugé, traverse la ville en passant au pied de la butte du château. Il faut ouvrir une voie et élargir la rue du grenier à sel (3) .
Mais ensuite, la route bute sur l’extrémité des halles, en descendant vers la rue de la Tonnelle (4).
La municipalité décide donc, en août 1824, de démolir l’extrémité ouest des halles, sur une longueur d’environ 18 mètres.

Dix ans plus tard, la municipalité, avec les nouvelles ressources apportées par la propriété des biens communaux (5), se lance dans un programme d’équipements et établit la liste des besoins.
Outre l’établissement de nouvelles halles, il faut un palais de justice, un abattoir, des murs au nouveau cimetière et paver la place des halles.

Le 22 mai 1836, le conseil municipal renouvelle son vœu de supprimer les vieilles halles dans l’intérêt de l’embellissement de la place, en se réservant  de pouvoir construire, plus tard, dans un autre lieu.

Les halles - image 1- sont alors mises en vente.
Elles sont démolies en 1838.

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Un programme de construction


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Le choix de l'architecte























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Le montant des dépenses



















Le cahier des charges d'affermage



CONSTRUIRE DES NOUVELLES HALLES


Le projet de nouvelles halles était lancé. La réalisation du plan d’implantation est confiée à Joseph Richou, l’architecte de la ville.

L’emplacement choisi va de la place des anciennes halles à la place du marché au bétail (6). Pour libérer une largeur de quinze mètres, il faudra acquérir et démolir plusieurs immeubles, dont l’ancien grenier à sel.
Joseph Richou présente son plan au conseil, le 8 novembre 1837. Celui-ci l’approuve aussitôt et autorise le maire à faire les démarches d’acquisition des terrains et immeubles.

Un an plus tard, le conseil arrête le programme de construction à porter au concours.
Le rez-de-chaussée sera entièrement pris pour l’établissement des halles et de chaque côté, il sera établi des bancs fermant à clé.
Au dessous, il sera fait des caves divisées en seize parties séparées par un corridor ayant entrée aux deux extrémités.

Au premier étage, il sera établi une justice de paix composée de la salle d’audience, du cabinet du juge et du greffier. Ces appartements ne prendront pas plus de la moitié de l’étage. Le surplus sera divisé de manière à fournir plusieurs locations pour greniers.

Les halles auront deux entrées, l’une sur la place du marché principal et l’autre, sur la place du marché aux bestiaux.
De chaque côté des entrées, il sera établi une petite chambre dont l’une servira de corps de garde, une autre, de logement de concierge, une autre, de bureau de pesage (7) et la quatrième, de dépôt de diverses choses appartenant à la commune.

Le monument devra être d’un genre d’architecture analogue à sa destination. A chaque entrée, il y aura un péristyle. On sent ainsi le désir d’établir une construction d’apparence néo-classique, à la mode à cette époque, avec le matériau noble de la région, le tuffeau.

Les constructions métalliques, pour ce type d’ouvrage, n’ont pas encore fait leur apparition. Les pavillons de Baltard aux halles de Paris, qui ont ensuite inspiré d’autres projets, n’apparaissent qu’à partir de 1852.
 
Les projets présentés ne devront pas afficher de nom d’auteur, mais une devise.
Le conseil fixe les primes pour récompenser les lauréats : 1000 F au premier, 600 F au deuxième et 300 F pour le troisième.

C’est le projet remis avec la devise « Aidez-moi » qui est choisi par la commission départementale des bâtiments civils.
La halle principale forme un rectangle de 62 X 15 mètres, ce qui représente une surface comparable à celle des anciennes halles.

Le conseil adopte le projet, le 17 août 1840, après examen des changements suggérés par la commission, en particulier sur la largeur du bâtiment.
Le bâtiment, puissant, fait penser à un palais florentin, peut-être signe d’opulence. IL sera construit en tuffeau.
Concession au modernisme, les quatre accès seront fermés par des grilles métalliques sculptées.

L’architecte Launay-Pieau (8), auteur du projet choisi, se voit confier la charge de la direction du travail.
Joseph Richou, dont le projet est classé en deuxième position, reçoit la prime de 600 F.
Le montant de l’opération est estimé à 160.000 F, auquel s’ajoute les 73.850 F pour l’acquisition des sept maisons et des terrains nécessaires.

Le résultat de l'adjudication pour les travaux de construction fait l'objet du procès-verbal du 4 avril 1841. Le montant est de 129.573,61 F.
L’adjudicataire est M. Coudret. L'imposte de chacune des deux portes principales est décoré d'une sculpture représentant les armes de la ville

La question du financement provoque des réactions.
Le conseil des bâtiments réclame un fort rabais à l’adjudicataire.
De son côté, le ministre, qui a été saisi, à propos d’un emprunt de 100.000 F, sollicité par la commune pour boucler son programme financier, s’interroge sur l’ampleur des dépenses prévues.
Le conseil réagit et argumente. Il présente ses attendus.

La ville de Beaufort, placée au centre de la belle et fertile vallée de la Loire, doit offrir au commerce le moyen de s’étendre et procurer, par ce moyen au pays, des avantages précieux.
L’importance de la fabrication des toiles à voiles et de toiles marchandes, en cette ville, commande encore qu’une halle soit le lieu où le négociant puisse venir traiter, dans ce genre, ses affaires de commerce. Beaufort est, en quelque sorte, la seule ville du département où il existe réellement un marché.

La ville est privée d’un établissement désiré depuis si longtemps par les habitants et les négociants qui abondent de tous les points de la France.
La fortune de la commune, qui consiste en propriétés foncières, est de plus de 1.500.000 F. Elle peut permettre de faire les dépenses programmées.
 
Les barrières levées, les travaux sont engagés.
Le 10 mai 1844, M. Launay-Pieau informe le conseil que les travaux de maçonnerie, charpente, ferblanterie, couverture, plafond et plâtrerie des halles sont terminés depuis plus d’un an.
Ils sont alors réceptionnés définitivement.
La construction a bien belle allure -image 2-. C'est, à n'en pas douter, le nouveau symbole de la prospérité de Beaufort, mais aussi, de toute la vallée.
L'imposte de chacune des deux portes principales est décoré d'une sculpture -image 3- représentant les armes de la ville (voir encadré).

Le montant des dépenses, portées aux budgets de 1842 et 1843, s’établit ainsi :
- pour l’architecte Launay-Pieau …… 6.178,69 F
- pour les entreprises  ………………  123.573,61 F,
auquel il faut ajouter les dépenses d’acquisition des immeubles et terrains.

De plus, il est attribué 150 F, à M. Bedane, pour la réalisation des sculptures des armes de la ville.  
Les locaux destinés à la justice de paix et la conciergerie peuvent être occupés. En 1847, le commissaire de police sera également installé à l’étage.

L’utilisation des halles, boutiques, caves et greniers, peut être affermée. Le conseil en approuve le cahier des charges de mise au concours, le 14 août 1845.

Les marchandises exposées sous les halles ne pourront plus l’être sur les places et marchés, excepté la boucherie, charcuterie cuite, œufs, volailles, gibier et toute espèce de comestible, laines, plumes, sabots, fil, chanvre, filasses et plants de toute espèces, grains et grenaille.
Le maximum de prix que pourra pratiquer l’adjudicataire, pour la location, est pour :
- chaque boutique 60 F annuel ou 1,50 F par jour,
- chaque cave       25 F annuel ou 1 F par jour,
- chaque grenier    30 F annuel ou 1 F par jour.

C’est M. Latouche, déjà fermier pour les emplacements extérieurs, qui sera déclaré adjudicataire, pour trois ans. Son contrat est plusieurs fois reconduit ensuite.


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Le déclin du commerce des toiles




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Le lieu des grandes expositions


Les rencontres d'art mural


LA VIE DES  HALLES


Le commerce des toiles qui justifia la construction de halles si importantes ne tarde pas à révéler son déclin.
Le conseil, qui avait créé un droit de place spécifique de 2,5 centimes, par pièce de toile, est obligé de le supprimer en 1847.
Les fabricants ont exposé que ce commerce n’offrait plus aucune chance de profit et qu’il était fâcheux de voir peser un impôt qui se répète chaque semaine et plusieurs fois, pour la même pièce restée invendue.
Le conseil, pour sauver le commerce des toiles dans une ville où il reste la principale ressource du pays, donne une suite favorable à la demande des fabricants.

La disparition du commerce des toiles, à Beaufort, est pourtant inéluctable. La commune ne parvient pas à conserver l'activité des manufactures, dont les bâtiments sont mis en vente en 1852.
C’est toute l’activité économique de la ville qui va le ressentir.

Peu à peu, les halles deviennent sous-occupées et le bâtiment peut, en dehors des jours de marché, accueillir d’autres activités.

A la fin du XIXe siècle, il y a des pourparlers pour affecter le premier étage au futur musée Joseph Denais. Cela n’aboutit pas.
Par contre, en 1920, quand la direction de ce musée cherche un endroit pour exposer un avion de collection, la halle offre une solution. La petite histoire de cet avion fait l'objet du châpitre suivant.

En 1926, la halle devient salle des fêtes. Le conseil y autorise les bals, à condition qu’il n’y ait ni buvette, ni buffet.
C’est le début d’un statut de salle polyvalente.
On oubliera vite l’interdiction d’y vendre des consommations.

Pendant la deuxième guerre mondiale, les armées allemandes  l’investissent, à plusieurs reprises. Des dégradations importantes sont constatées. Elles font l'objet d'une estimation et d'une demande d'indemnité.
Une décision du 14 mai 1948 fixe à 734.610 F, le montant de l’indemnité accordée à la ville de beaufort, au titre des dommages de guerre sur les halles.
 
La halle sert aux grandes expositions, notamment agricoles et horticoles.
Le comice agricole du canton, créé en 1836, utilise la halle pour l’exposition de tous les produits liés à l’agriculture, les années où l’organisation est confiée à la commune de Beaufort.

La halle sert souvent de position de repli, pour des manifestations et spectacles prévus en extérieur lorsque, au dernier moment, les conditions atmosphériques s'avèrent déplorables.

Au début des années 1980, une association d’horticulteurs, désireux de  promouvoir leurs produits, utilise les halles pour l’organisation des floralies de l’Authion, qu’ils veulent répéter tous les deux ans.
L’événement prend une importance régionale, sinon nationale, avec 5000 m2 d’exposition, dans les halles -image 4- et autour du château. C’est l’occasion, pour beaucoup de découvrir les caves superbement décorées.
Il n’y aura malheureusement que deux éditions de ces floralies.

La halle sert aussi à des manifestations artistiques.
De 1994 à 2007, chaque année, la communauté de commune de Beaufort-en-Anjou, y organise les rencontres d’art mural. Une trentaine d’artistes viennent, pendant un week-end, peindre en public des grands formats accrochés sur les murs des alcôves de la halle.

En 1999, le marché du mercredi quitte l’intérieur des halles et la municipalité projette alors de réaliser des travaux de rénovation, sur l'ensemble du bâtiment.


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Un avion au musée


L'avion est donné au musée de l'Air



















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L'avion a-t-il brûlé ?





UN AVION S'EXPOSE


Après la fin de la grande guerre 1914-1918, une grande quantité de matériels militaires n’a plus d’usage et l’armée cherche des preneurs. C’est ainsi que certaines communes sont invitées à recevoir chacune deux canons.
Que sont devenus ceux reçus par la ville de Beaufort ?

Plus intéressant, Mlle Lucie Denais, conservatrice du musée de Beaufort, a l’idée de demander un avion, pour enrichir les collections du musée créé par son père.
Demande acceptée, la livraison est prévue en 1920.
Il y a un néanmoins un problème. L’avion ne peut être exposé dans le musée Joseph Denais, vu ses dimensions.
Mlle Denais se rapproche de la municipalité pour demander son installation dans les halles.

Le conseil municipal examine cette demande le 1er avril 1920. Un accord est donné, à titre précaire et sous réserve que cela n’entraîne aucun frais pour la ville.
L’avion est un monoplan Morane-Saulnier type AI, construit à partir de 1917, pour la chasse française.

L’exemplaire qui arrive à Beaufort est légèrement amputé. On lui a enlevé son moteur, sans doute pour l’alléger avant de le suspendre.
Mais aussi, ses ailes ont été raccourcies de cinquante centimètres. C’est, qu’après avoir été retiré des escadrilles de chasse, il a été utilisé comme rouleur, pour l’entraînement des pilotes.
L’avion, immatriculé 2018 série R1, est accroché au plafond de la halle.

C’est l’attraction. Les jours de marché, les enfants accompagnent volontiers leur maman, pour voir l’avion.
C’est aussi, malheureusement, l’objet de quelques défis chez des jeunes qui veulent grimper aux commandes, certains jours de fête.

Il faut un jour se rendre à l’évidence. La présence de l’avion dans les halles n’est plus souhaitée, en raison des risques d’accident.
La municipalité veut s’en débarrasser et, en 1967, prend contact avec le musée de l’Air, alors à Meudon, pour en faire don.
Le musée est intéressé car il possède un moteur pour ce type d’appareil et souhaite reconstituer un exemplaire pour exposition.

Le Morane-Saulnier quitte Beaufort, le 21 septembre 1967, paraît-il pour rejoindre un immeuble du Boulevard Pereire, à Paris !
On perd sa trace.
Le musée de l’Air s’intéresse-t-il vraiment à cet avion ? alors qu’un autre exemplaire de MS-AI (9) lui a été légué par Robert Morane et exposé à Meudon.

A défaut de pouvoir accéder à de véritables archives du musée de l’Air et de l’Espace, installé en 1980 au Bourget, nous nous contenterons de quelques témoignages.

Pour l’association Mémorial Flight (10), le musée possèdait bien deux MS-AI. Le premier, l'avion de Fronval, est stocké dans les hangars des réserves. Le second serait donc celui de Beaufort.
Une photo, prise en 1979, nous a été remise par Philippe Couderchon -image 6-. Nous remarquons le numéro peint sur la gouverne de queue : MS 1598 R1.

Cet avion a été entreposé dans les hangars de stockage de Dugny, près du Bourget.
Malheureusement, un terrible incendie se déclare dans un de ces hangars, le 17 mai 1990. Tous les avions sont détruits.
Le MS 1598 est de ceux-là, d'après une liste qui nous a été communiquée.

Reste une petite interrogation. Le MS-AI exposé à Beaufort avait pour numéro 2018, d’après l’article paru dans le Courrier de l’Ouest du 12 septembre 1967. Celui qui a rejoint Le Bourget et qui a brûlé, portait le numéro 1598.
Où est l’erreur ? Il peut y avoir plusieurs explications : erreur de transcription du journal, nouvel habillage lors d’un début de restauration, remplacement de la gouverne …

Sur l'image indiquée ci-dessus, nous avons placé en médaillon, la photo prise par le journaliste, lors du départ de Beaufort.
La même hélice cassée, semble-t-il, se retrouve sur les deux clichés. Est-ce un indice suffisant ?


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Un avion léger et maniable





Les MS-AI retiré de la chasse

Une copie du MS-AI en vol




Les Morane-Saulnier AI

L’avion est conçu par Robert et Léon Morane et Raymond Saulnier, en 1917. C’est un chasseur monoplan à aile parasol .
Le fuselage, de ligne moderne, est en deux parties. L’avant a une structure métallique, alors que l’arrière est fait de longerons en sapin. L’enveloppe est constituée d’une toile tendue sur baguettes maintenues par des cintres en contreplaqué, découpés en polygone régulier à seize côtés.
Il est équipé en version de base d’un moteur Gnome, rotatif à neuf cylindres, de 160 ch et d’une hélice Levasseur.
L’armement est constitué d’une ou deux mitrailleuses, suivant le modèle.

Les essais effectués à Villacoublay sont encourageants. Le pilote d’essai René Labouchère apprécie la maniabilité, la douceur et l’efficacité des commandes. La visibilité est excellente. Une telle qualité n’existe alors sur aucun autre avion de chasse.
Les premiers appareils de série sortent des chaînes en janvier 1918.  Les deux mois suivants, ils équipent les escadrilles N-156, N-161 et N- 158.
Un programme de construction de plus de mille avions MS-AI est engagé.

L’aventure est brève. En mars, l’état-major retire les MS-AI des escadrilles de chasses. Les raisons ne sont pas clairement données. On avance une maintenance difficile des moteurs.
Un nouveau moteur est essayé mais le résultat ne répond pas à l’attente.
 
Les MS-AI sont désarmés.  Certains, dotés de moteurs moins puissants, sont utilisés pour l’entraînement, en particulier au sol. On rogne alors leurs ailes  et on les appelle des rouleurs, ou ironiquement des «pingouins».

Après la guerre, les MS-AI sont dispersés et certains évoluent dans les manifestations aériennes où leurs qualités de maniabilité font merveille.
Alfred Fronval, pilote d’essai à Villacoublay et as de la voltige, rencontre dans les meetings aériens, Charles Nungesser, héros de la grande guerre. Tous les deux pilotent un MS-AI.

Il ne reste plus, aujourd'hui, aucun MS-AI de la grande guerre, en France.
L'avion de Fronval, légué par Robert Morane au musée de l’Air, aujourd'hui en dépôt dans les hangars de Dugny,  a été construit après la guerre, en 1920.

On peut toutefois voir voler, aujourd’hui, à la Ferté-Alais, un MS-AI construit par Jean Salis, d’après les plans d’origine –séquence vidéo ci-dessous– et peint en camouflage, comme au temps de la grande guerre.
Jean salis en construisit trois, en 1977, pour les besoins du cinéma et de la télévision.

Lancer  la video , avec  de Windows Media Player, ci-dessous.


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Des règles précises de création















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de sinople au lion rampant d'argent, armé, lampassé et couronné de gueules

Les logos remplacent les blasons



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DU  BLASON AU  LOGOTYPE

Les armoiries auraient été créées vers 1120, d'abord par la haute aristocratie, puis pour les besoins de la chevalerie, pendant les croisades et les tournois.  Depuis longtemps, pour se faire reconnaitre, les guerriers, dont la tête disparaissait sous le casque protecteur, peignaient des figures géométriques sur leur bouclier.
D'usage militaire à  usage civil, pour la noblesse comme pour les bourgeois,  les corporations, les communautés et les villes, la création des armoiries s'organisa autour de règles précises.
Les armes sont les figures géométriques peintes ou gravées sur un écu, symbolisant le bouclier.  On ne peut utiliser qu'un nombre de couleurs restreint. Même chose pour les motifs qui prennent place sur  l'écu, dans des parties bien repérables. Ce sont les rêgles du blason.
Pourquoi cette normalisation ? Les armoiries doivent pouvoir se décrire par le texte, car le héraut annonçait le chevalier qui allait entrer sur le terrain de la joute, en les décrivant . Ainsi, il blasonnait.

La ville de Beaufort possédait  son blason.  Anciennement, il se décrivait ainsi : d'azur à la tour crénelée d'argent, ouverte et maçonnée de sable (couleur noire), accompagnée de deux clefs en pal, l'anneau en haut.
Ce blason faisait nettement référence aux fortifications qui entouraient la ville.
En novembre 1696, Louis XIV eût l'idée de créer un impôt sur l'enregistrement des armoiries. Il demanda à Charles d'Hozier de reconstituer un armorial général.
C'est, semble-t-il, à la suite de  cet édit que Beaufort adopta un nouveau blason
-image 6-
Détaillons. Le fond est vert, mais on dit sinople, gage de  santé, joie et liberté.
Le motif est un lion, symbole de  force et majesté. Il est rampant, car dressé sur ses pattes arrières (sic), la tête de profil, la queue retroussée sur le dos et la houppe retombante. Il est de métal argent.
Il est armé et lampassé, car ses griffes et sa langue sont en émail de couleur différente du corps.
Il est couronné de gueules, car une couronne rouge orne sa tête.
On dit que le motif du lion a été choisi, le premier, par un chevalier, peut-être un plantagenêt, qui avait rencontré cet animal en Palestine. Il est ici couronné,  peut-être en référence à la dignité comtale.
Une petite énigme subsiste pour  le lion. Suivant les différentes représentations que l'on trouve à Beaufort,  il ne regarde pas toujours dans le même sens. L'image 6 correspond bien au blason.  S'il avait tourné la tête dans l'autre sens, la mention "contourné" aurait été ajoutée au texte.

Les blasons ont été abolis, avec tous les privilèges, à la Révolution. Partiellement rétablis, par Napoléon Ier , il n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt historique.
Mais bien sûr, on a modernisé le système. C'est ce que nous appelons logotype ou , simplement logo. En voici une définition :  dessin qui sert à identifier de manière unique les entreprises, produits, services, institutions, agences, associations, évènements ou toute autre sorte d'organisation, dans le but de différentier le propriétaire du logo des autres entités.
Les règles de construction, sont pour l'essentiel, les mêmes que pour le blason:
- un code de couleur simplifié avec six couleurs de base,
- une combinaison de formes géomètriques,
- une grande stylisation des éléments graphiques.
Nous vous laissons découvrir le logo de Beaufort -image 7-, à la lumière des indications ci-dessus.


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Un programme de travaux 



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LES HALLES, CENTRE CULTUREL ?


Revenons aux halles.
Le bâtiment a beaucoup servi. Il a besoin de réparations et de travaux de mise aux normes, pour l’accueil du public.

Un programme de travaux de réhabilitation est engagé par la municipalité qui ambitionne de faire des halles un centre de la vie associative, culturelle et économique de la Ville [TU86].

Une première tranche concerne la halle, proprement dite, et des accès par ascenseur aux différents niveaux.
Les travaux réalisés sous la maîtrise d’œuvre des architectes François Narbonne et Sabine Luxey, sont achevés en juillet 2007. La dépense restant à charge de la commune, déduction faite des subventions, est de 800 000 Euros.

L’opération est réussie. Les espaces et les formes sont conservés. Les nouveaux équipements permettent d'accueillir le public, avec le confort et la sécurité nécessaires.

Les caves, maintenant desservies par un ascenseur, peuvent être utilisées. Nous y avons vu récemment une exposition de peinture –image 8–  agréablement présentée.
Sur la photo, on remarque au fond, la dalle qui couvre le vieux puits, conservé lors de la construction des halles.

Le bâtiment des halles, construction utilitaire, franchira plusieurs  siècles. Les Beaufortais sauront le maintenir en bon état.
Plus difficile, et plus enthousiasmant, est de lui maintenir une âme.


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Notes
(1) soit environ 58 x 15 en mètres
(2) c'est Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII
(3)  ou rue du Boeuf, ou rue Dauphine, aujourd'hui, rue du Commerce
(4) aujourd'hui, rue d'Alsace
(5 ) voir la fiche sur l'Authion
(6) aujourd'hui, place des Halles
(7) l'adoption du nouveau système métrique étant difficile, les communes devaient mettre un bureau de pesage, à la disposition des habitants
(8) architecte angevin, membre titulaire de l'Institut des Provinces ; il construit à Beaufort, la colonne Jeanne-de-Laval et l'école mutuelle de garçons
(9) l'avion MS-AI de Alfred Fronval, pilote de voltige, recordman de loppings, mort en 1928, dans un accident d'avion, au sol
(10) voir, ci-dessous, le lien sur le site Internet de cette association

Références

Bibliographie

[COLL] Pourquoi Beaufort voulait avoir un tribunal. L’Anjou historique n° 165, Siraudeau Imp. 1932
[DEN] DENAIS, Joseph, Monographie de Notre-Dame de Beaufort-en-vallée, Lachèse, Belleuvre et Dolbeau, Angers, 1874
[TU86] Trait d'Union n° 86, Magazine d'information municipale -juillet 2007-
[DEN2] DENAIS, Joseph, Armorial général de l'Anjou, Angers, 1885


Sites Internet

- L'association Mémorial Flight s'est donné pour but de préserver le patrimoine aéronautique français, notamment pour la période de la première guerre mondiale.
- Le journal de René Tognard, un pilote de la grande guerre, sur MS-AI.

Entretiens


Cette fiche a été élaborée suite à des entretiens personnels, notamment avec :
- Gérard Heurtier et Roger Gaugain, héraldistes;
- Sandra Varron; Christian Ravel;
- Sylvie Lallement et Jean-Pierre Bertrand-Porchet,  du Musée de l'Air et de l'Espace;
- des membres de l'association Mémorial-Flight.
 
Il convient de les en remercier.

Merci également aux membres du forum Aviation Ancienne, pour leurs recherches. 



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Date de mise à jour: 16 décembre 2009                         Jean-Marie Schio